Un feu se déclare dans une armoire électrique. Quel extincteur attraper ? La réponse dépend moins de l’origine électrique du feu que de la matière qui brûle, un point que la plupart des guides simplifient à l’excès. Comprendre la relation entre classes de feux et agents extincteurs évite deux erreurs : choisir un appareil inefficace ou, pire, aggraver l’incendie par un agent conducteur de courant.
Feu électrique et classes de feux : un contexte, pas une classe normée
La norme européenne EN 2 définit cinq classes de feux : A (solides), B (liquides inflammables), C (gaz), D (métaux) et F (huiles de cuisson). Aucune de ces classes ne porte sur l’électricité.
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Un incendie d’origine électrique n’est pas une catégorie à part. C’est un contexte de risque. Le câble qui prend feu dans un tableau électrique brûle du plastique (classe A). L’huile d’un transformateur qui s’enflamme relève de la classe B. Ce qui change, c’est la présence de tension, pas la nature du combustible.
Cette distinction a une conséquence directe sur le choix de l’extincteur : l’appareil doit être adapté à la classe du combustible en jeu, tout en utilisant un agent non conducteur tant que le courant n’est pas coupé.
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Agents extincteurs face à un feu sous tension : tableau comparatif
Le tableau ci-dessous croise les principaux agents extincteurs avec leur compatibilité selon la classe de feu et leur aptitude à intervenir sur un équipement électrique sous tension.
| Agent extincteur | Classe A | Classe B | Classe C | Classe F | Utilisable sous tension |
|---|---|---|---|---|---|
| CO2 (dioxyde de carbone) | Non | Oui | Oui | Non | Oui (distance de sécurité 1 m) |
| Poudre ABC | Oui | Oui | Oui | Non | Oui (distance de sécurité 1 m) |
| Poudre BC | Non | Oui | Oui | Non | Oui |
| Eau avec additif | Oui | Oui (selon additif) | Non | Non | Oui, si jet pulvérisé et appareil conforme |
| Eau en jet plein | Oui | Non | Non | Non | Non (conducteur) |
| Mousse | Oui | Oui | Non | Non | Non |
Le CO2 et la poudre sont les deux agents les plus souvent recommandés pour les feux impliquant des équipements électriques. En revanche, leurs limites respectives sont rarement mises en parallèle.

CO2 ou poudre ABC pour un feu électrique : écarts concrets
Le CO2 agit par étouffement : il remplace l’oxygène autour du foyer et refroidit légèrement par détente du gaz. Il ne laisse aucun résidu, ce qui en fait le choix privilégié pour les armoires électriques, les salles serveurs et les locaux contenant du matériel sensible.
La poudre ABC, elle, couvre un spectre plus large (classes A, B et C). Elle stoppe la réaction chimique de la combustion. La poudre est efficace mais corrosive pour les composants électroniques. Après usage dans un local technique, le nettoyage est coûteux et les équipements souvent irrécupérables.
Voici les critères de choix à retenir :
- Le CO2 convient aux feux de petite taille sur du matériel électronique ou des armoires électriques, mais son autonomie est limitée (quelques secondes de projection)
- La poudre ABC est adaptée aux locaux industriels ou agricoles où la priorité est d’éteindre vite, même au prix de dommages matériels collatéraux
- L’eau avec additif en jet pulvérisé, conforme aux tests diélectriques, peut intervenir sur un feu de classe A d’origine électrique, à condition de respecter la distance minimale indiquée sur l’appareil
Le réflexe courant qui consiste à placer un extincteur CO2 à côté de chaque tableau électrique n’est pas toujours pertinent. Si le local contient surtout des matériaux solides (câblages, isolants, bois), un extincteur à eau pulvérisée avec additif couvre mieux le risque de classe A tout en restant utilisable sous tension.
Lire l’étiquette d’un extincteur : pictogrammes et distance diélectrique
L’étiquette d’un extincteur portable affiche des pictogrammes normalisés correspondant aux classes de feux couvertes. Sur les appareils utilisables en présence de tension, un pictogramme supplémentaire (éclair barré ou mention « compatible risques électriques ») précise la distance de sécurité à respecter, généralement un mètre.
Deux informations à vérifier avant toute installation :
- Les classes de feux couvertes : un extincteur marqué « AB » sans pictogramme électrique ne doit pas être affecté à la protection d’un local technique sous tension
- La puissance d’extinction (chiffre devant la lettre de classe, par exemple 21A ou 113B) : plus le chiffre est élevé, plus le foyer que l’appareil peut traiter est grand
- La date de vérification annuelle obligatoire et la date de péremption de l’agent (variable selon le type)
Mention « 35 kV » ou « 1 000 V » : que signifie-t-elle ?
Certains fabricants indiquent une tension maximale d’utilisation. Cette valeur correspond au résultat d’un test diélectrique en laboratoire. Elle ne dispense pas de couper le courant dès que possible. Éteindre un feu sous tension reste une mesure d’urgence, pas une procédure normale.

Décret 2025-1100 et impact sur les extincteurs en locaux techniques
Le décret n° 2025-1100 modernise la réglementation de sécurité incendie dans les bâtiments en France. Il introduit la notion de « solutions d’effet équivalent » : un dispositif alternatif aux moyens classiques peut être installé à condition de démontrer un niveau de sécurité au moins équivalent.
Pour les locaux techniques, les armoires électriques et les salles serveurs, cette logique ouvre la porte à des systèmes automatiques (boules extinctrices, aérosols fixes) en complément ou en remplacement d’extincteurs portatifs, sous réserve de justification technique. Le décret ne supprime pas l’obligation d’extincteurs portatifs, mais il oblige à documenter le choix du dispositif retenu.
Les exploitants de bâtiments recevant du public (ERP) et les gestionnaires d’installations classées doivent vérifier la conformité de leurs équipements avec ce nouveau cadre dès sa mise en application.
Le choix d’un extincteur pour un feu d’origine électrique repose sur deux questions : quelle matière brûle (classe A, B ou C) et le courant est-il encore présent ? Répondre à ces deux questions avant d’acheter un appareil évite de se retrouver avec un extincteur inadapté fixé au mur d’un local technique pendant des années.

